September 30, 2007, 12:29 am : …Ramadan…
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Ramadan Moubarak…
Nous venons de fêter le 15ème jour du ramadan… la moitié…

Que signifie pour nous, non musulmans, cette période… il y a ceux qui s’offusquent des risques sur la santé de ce changement brutal de rythme, ceux qui au contraire estiment qu’ils doivent s’y plier pour comprendre la culture dans lequel nous avons décider de vivre… ceux qui regrettent la pression sociétale qui gouverne ce moment…ceux qui subissent, ceux qui acceptent … ceux qui choisissent…
Pour les Lemoalle-Gely, le ramadan est l’occasion une fois encore de découverte et de partage… Cette année au riad Aguerzame nous vivons un peu au rythme du ramadan…Ambre appelle cela notre “Ram”… Il consiste en quoi ? Eh bien nous avons aménagé notre organisation pour pouvoir tous les soirs faire le Fthour (rupture du jeûne) avec Laaziza et Siham et les hôtes de passage qui le souhaitent. Ceci implique des repas plus léger durant toute la journée, de ne pas manger ou boire dans la rue, de respecter le jeûne des musulmans… d’y réfléchir, d’en parler… parce que le ramadan est un des 5 pilliers de l’Islam. C’est le mois durant lequel le musulman doit s’abstenir de manger et de boire du lever au coucher du soleil afin de faire l’apprentissage de la faim et de la soif et mettre à l’épreuve sa volonté de résister aux tentations et sa capacité de méditer sur la vie…
Or le ramadan ce sont des moments forts qui ponctuent les journées…Dés le petit matin le muezzin* (appel à la prière) est plus sonore, plus long, plus impressionant… La vie met plus de temps à reprendre dans les rues…les magasins ouvrent plus tard…disparus pour un mois le bon pain chaud dans les épiceries, les petits encas si savoureux…ces brochettes et autres sandwichs oeuf/pommes de terres/harissa/oignons/huile/persil (recette à essayer). Pourtant les étals débordent de fruits et légumes, viandes, patisseries. Et dés les heures chaudes de la journée, les odeurs s’échappent sous les portes, au dessus des murs de la médina…les délices de la nuit se préparent en secret derrière les remparts… dans l’après midi, après déjà de longues heures d’abstinence, les esprits parfois s’échauffent…l’agressivité des fumeurs privés de leur drogue crée de petites anicroches que chacun s’empresse d’atténuer. Vers 17h les volets roulants commencent à s’abaisser sous le nez de ceux qui s’affairent aux derniers préparatifs, courant acheter un jus de fruits exotique ou des crêpes à l’une de ces nombreuses femmes qui s’alignent le long des rues uniquement à cette période de l’année pour vendre leur fabrication maison…puis l’agitation augmente avec le mouvement descendant de l’astre solaire…les mobylettes et vélos accélèrent pour rejoindre le foyer où mijote le repas tant attendu…Alors retentit le muezzin accompagné dans notre quartier d’une sirène… et là…. là…. il faut vivre ce moment qui succède immédiatement … l’oeil du cyclone…un silence absolu dans la médina…extraordinaire
Au riad Aguerzame c’est alors que les bougies s’allument et que la table est dressée des mets que nous cherchons tous les jours à découvrir. Ainsi, à l’incontournable Harira accompagnée de dattes et de chbekia (ces sortent de bugnes au miel et à la fleur d’orangers…), nous ajoutons comme toujours ce mélange que nous aimons tant de saveurs traditionnelles et de curiosité…msmen aux amandes (crêpes feuilletées marocaines), soupe de fèves à l’huile et au paprika, galettes de légumes… Ambre est ravie…elle confond goûter et dîner…elle invite ses copines et profite de cet air de fête qui flotte dans le quartier…
Mois de recueillement et d’examen de conscience ? mois d’égalité entre les croyants ? entre croyants et non croyants ? mois de fête et de partage ?
Le ramadan nous enveloppe de toute façon d’une atmosphère … à vivre…
* Le premier muezzin de l’islam est Bilal. Esclave noir affranchi par le prophète Mohammed qui l’a désigné pour faire l’appel à la prière cinq fois par jour car il avait une très belle voix.
October 1st, 2007 at 8:02 pm
COUCOU !
C’est tout joli ça ! sujets délicats mais instants magiques … A + Pat.P.
October 2nd, 2007 at 1:17 pm
CONTE MORAL • Le ramadan et les croissants aux amandes
A Paris, le jeûne musulman est compliqué à gérer. Il y a des restaurants ouverts partout, des collègues qui – eux – se restaurent. Et il y a les souvenirs qui ressurgissent toujours au pire moment.
On se lève l’esprit aiguisé mais avec le ventre qui gargouille déjà et la calculatrice mentale qui tourne à plein régime. Voyons, hier, c’était le troisième jour. Il en reste vingt-six (toujours rester optimiste en pariant sur un mois lunaire court…). Bon, allez, courage, la semaine prochaine à la même heure, il n’en restera plus que dix-neuf, presque la moitié… Et ce soir même, vers 20 heures, on lancera (à voix haute, pour faire rire et s’amuser de cette innocente transgression) : “Et de quatre !” en imitant un footballeur qui serre le poing, lève le coude et crispe ses mâchoires en signe de satisfaction.
Dans la rue où flotte un petit parfum bienvenu d’été indien, on marchera moins vite que de coutume. S’économiser, ne pas chercher noise à la soif car c’est bien elle la plus dangereuse et la plus sournoise. Ah, regrets… Jeûner en décembre : une promenade ! N’existe-t-il aucun exégète téméraire et subversif capable de décider que l’hiver est désormais l’unique saison du jeûne et, pendant qu’on y est, que quinze jours sont largement suffisants ? Vous froncez les sourcils ? Mais je plaisante, bien sûr !
Dans le métro, parmi toutes les molécules odorantes qui flottent, on réalise que ses narines captent surtout les effluves douceâtres des viennoiseries industrielles. Et là, le tube digestif attaque et prend le contrôle du cerveau. “Ce soir, lui ordonne-t-il, à l’heure du ftour [la rupture du jeûne], il faudra des croissants, et pas n’importe lesquels : fourrés aux amandes et parfumés à l’eau de fleur d’oranger.” Convoquée d’urgence, la salive inonde le palais. On déglutit. Dans le hall paysager qui sert de plateau de travail, il est 12 h 30 et on fait mine d’être absorbé par les fenêtres qui s’affichent sur l’écran de l’ordinateur. C’est le grand moment de la journée, celui où le collègue s’interroge sur le lieu de son déjeuner. “Tu viens ?” nous demande-t-on quand le choix est fait. “Tu nous fais la g… ?” est le reproche qui fuse quand on décline poliment. On s’explique, à la fois gêné et résigné, car on devine déjà le flot d’interrogations et de commentaires qui vont se déverser.
“Où trouver à Paris de la karantita ? Vite Internet !”
“Et vous ne mangez rien de toute la journée ?” On opine, en notant mentalement le “vous”. “Mais vous pouvez quand même boire ?” s’informe la compatissante. “Non ? Mais ce n’est pas possible !” s’exclame-t-elle avec une surprise non feinte, mais pareille à celle de l’année dernière lorsqu’elle avait posé la même question. “Ça doit être un moyen super pour maigrir !”, lance le pragmatique revenu de vacances avec un pneu un peu trop visible autour de la taille. “Vous êtes quand même des masochistes”, tranche l’un d’un ton définitif qui n’appelle ni réponse ni justification. “Moi, j’aimerais bien essayer. Je suis sûre que ça a du sens. Gandhi aussi jeûnait”, tempère en souriant une adepte des médecines douces.
Le tour de force, c’est d’arriver à faire oublier la chose. Ne pas en parler, ne pas en jouer. Faire en sorte que celui qui entend déjeuner à sa table de travail ne soit pas saisi d’un sentiment de culpabilité. Le défi ? Un jeûne tranquille et (presque) silencieux. Le plus souvent, on y arrive au bout de quelques jours et on se retrouve, vers 13 heures, cerné par d’agréables fumets. A droite, des sushis noyés dans de la sauce de soja, à gauche, une soupe de légumes bio, devant soi, c’est-à-dire à l’ouest, des nouilles chinoises grillées, derrière, des falafels et du houmous libanais. On capte tout et on comprend pourquoi le jeûne est si nécessaire à la “pleine conscience”.
Sortir, dites-vous ? Facile à dire. Marcher est effectivement une solution mais là aussi : kebab à droite, rôtisserie devant, pizzeria à gauche. Et encore et toujours la salive. Non, mieux vaut rester à son poste de travail. Jeûne et étude : l’un des meilleurs djihads. On lit, on se concentre, mais le houmous fait des ravages. La mémoire olfactive est en ébullition, et par le jeu chaotique des synapses un goût remonte brusquement à la surface : celui de la karantita.
De la farine de pois chiche, des œufs, et surtout, surtout du cumin. Enfoncée, que dis-je, écrabouillée, la socca niçoise. Les matchs de football sur les hauteurs d’Alger, la première part de karantita avalée brûlante et sans pain. La seconde qui cale l’estomac et la troisième que l’on fait passer avec de la harissa. Vite, expédier les salutations d’usage, les “ça va, pas trop dur ?” et en venir à l’essentiel à moins de cinq heures de la libération : où trouver de la karantita à Paris ?
On se jette sur Google. Longue traque (les papiers à relire attendront). Bingo ! Rue Raymond-Losserand, Paris, quatorzième arrondissement. Allez, on s’en va au galop : la karantita n’attend pas.
Akram Belkaïd
Le Quotidien d’Oran